Les osselets — aussi appelés astragales — sont de petits os du talon (le talus) de mouton ou de chèvre, dont chaque exemplaire possède quatre faces nettement différentes. Depuis l'Antiquité, ces os servaient à la fois de jeu d'adresse et d'objets de tirage au sort, bien avant l'invention du dé cubique. On en a retrouvé dans des tombes égyptiennes, des sanctuaires grecs et des sites romains, preuve d'un usage ininterrompu sur des millénaires.
Chez les Grecs et les Romains, l'astragale servait de dé. On attribuait à ses quatre faces les valeurs 1, 3, 4 et 6 — jamais 2 ni 5 — et les côtés opposés totalisaient sept. Le lancer le plus recherché, réunissant quatre faces toutes différentes (1, 3, 4, 6), portait le nom de « coup de Vénus » et valait la victoire ; le pire, quatre fois la face la plus basse, était le « coup du chien ». Ce vocabulaire imagé témoigne de la place du hasard dans les jeux antiques.
Le jeu des osselets ne s'est jamais limité à la Méditerranée : on le pratique encore comme jeu d'adresse d'un bout à l'autre du bassin méditerranéen et au-delà. Chez les Berbères du Maghreb, c'est un jeu d'enfants documenté, avec ses propres noms (par exemple « tixummestin » pour une variante kabyle) ; en Afrique de l'Est, on le retrouve sous le nom de « jagi jagi » ou « gariir » en Somalie, ainsi qu'à Djibouti, en Éthiopie et au Kenya. Faute d'os, on jouait parfois avec de simples cailloux.
Il faut distinguer ce jeu des pratiques de divination. Le « lancer des os » divinatoire existe bien, mais surtout en Afrique australe (les devins sangoma lisent des « ditaola » ou « hakata »), et il repose sur la configuration d'objets hétéroclites — os, coquillages, dés d'ivoire — interprétés symboliquement, non sur l'addition de valeurs numériques. En Afrique de l'Ouest, la divination par lancer se fait traditionnellement avec des cauris, pas avec des osselets. Notre jeu ne prétend donc à aucune divination : c'est le jeu de dés antique.
L'adresse aux osselets — lancer un os en l'air et en rattraper un maximum d'une main — n'a jamais disparu. On la pratique encore dans les cours d'école et les fêtes de famille, avec de vrais os polis par l'usage ou des répliques en plastique et en métal. C'est l'un des plus anciens jeux de l'humanité encore vivant aujourd'hui, cousin du jeu de « jacks » anglo-saxon.
Cet outil numérique reprend l'esprit du jeu de dés antique : il lance pour vous trois, quatre ou cinq astragales virtuels, affiche la face de chacun (avec sa valeur 1, 3, 4 ou 6) et calcule le total, en signalant les lancers remarquables comme le coup de Vénus. C'est un divertissement et un support pédagogique pour découvrir le hasard, les probabilités asymétriques et un pan du patrimoine ludique de l'humanité.