Le biscuit chinois, ou fortune cookie, puise ses racines non pas en Chine mais au Japon. Les tsujiura senbei (biscuits de fortune) étaient vendus près des temples shinto dès le XIXe siècle, notamment à Kyoto dans le quartier de Fushimi. Ces galettes, plus grandes et plus foncées que les fortune cookies modernes, contenaient des prédictions inscrites sur du papier appelé omikuji. La chercheuse Yasuko Nakamachi, de l'université de Kanagawa, a retrouvé des références à ces biscuits dans des estampes japonaises ukiyo-e datant de 1878, prouvant que la tradition était bien établie avant toute émigration vers l'Amérique. La boulangerie Sohonke Hogyokudo, fondée à Kyoto en 1846, revendique encore aujourd'hui la fabrication artisanale de ces ancêtres du fortune cookie.
L'arrivée du fortune cookie aux États-Unis reste un débat passionné entre plusieurs familles. Makoto Hagiwara, concepteur du Japanese Tea Garden dans le Golden Gate Park de San Francisco, aurait commencé à servir des biscuits de fortune vers 1914, fabriqués par la boulangerie Benkyodo de Suyeichi Okamura. De son côté, David Jung, fondateur de la Hong Kong Noodle Company à Los Angeles, affirmait les avoir créés en 1918 pour distribuer des messages réconfortants aux sans-abri du quartier. En 1983, la ville de San Francisco a officiellement tranché en faveur de Hagiwara lors d'une « Cour de revue historique », déclenchant un tollé à Los Angeles. Le juge fédéral Daniel Collins a rendu cette décision symbolique en croquant un fortune cookie en plein tribunal.
La Seconde Guerre mondiale marque un tournant décisif. En 1942, l'ordre exécutif 9066 du président Roosevelt entraîne l'internement de 120 000 Japonais-Américains dans des camps de détention. Les boulangeries japonaises qui fabriquaient les fortune cookies ferment brutalement. Les restaurateurs chinois-américains, dont les établissements connaissaient un essor considérable grâce à la fascination des GIs pour la cuisine asiatique, reprennent la production. Le biscuit change ainsi de culture d'adoption sans que la clientèle américaine ne s'en aperçoive. En moins d'une décennie, le fortune cookie devient un symbole incontournable de la fin de repas dans les restaurants chinois américains.
L'industrialisation du fortune cookie débute véritablement en 1964, quand Edward Louie, de la Lotus Fortune Cookie Company de San Francisco, met au point la première machine automatique de pliage. Avant cela, chaque biscuit était plié à la main avec des baguettes. En 1973, Wonton Food Inc. est fondée à Brooklyn par Tat Shing Wong, et devient rapidement le plus gros producteur mondial avec 4,5 millions de biscuits par jour et près de 200 employés. L'ancien vice-président Donald Lau a rédigé la majorité des messages pendant plus de 30 ans, à raison de 4 à 5 nouveaux textes quotidiens, avant de passer le relais en 2017, avouant être « à court d'inspiration ». Aujourd'hui, plus de 3 milliards de fortune cookies sont produits chaque année, dont la quasi-totalité aux États-Unis.
Le fortune cookie reste paradoxalement inconnu en Chine continentale. En 1992, la société hongkongaise Fancy Foods a tenté d'en introduire à Shanghai et Canton sous le slogan « un véritable produit américain », mais l'expérience a fait long feu. L'écrivain Jennifer 8. Lee, dans son livre « The Fortune Cookie Chronicles » (2008), a parcouru 40 villes chinoises sans en trouver un seul. En revanche, le biscuit s'est mondialisé : on le trouve au Brésil (biscoito da sorte), en France, au Japon (où il est revenu sous sa forme américanisée) et même en Inde. Le 30 mars 2005, un fortune cookie est entré dans l'histoire en « prédisant » cinq des six numéros du Powerball américain : 110 personnes ayant joué ces numéros ont remporté entre 100 000 et 500 000 dollars chacune, provoquant une enquête de la loterie qui a finalement confirmé une pure coïncidence.